Manifeste W.C.National

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MANIFESTE W.C.NATIONAL

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« Alors que l’on exhibe des W.C.* dans les Musées, les artistes exposent dans les W.C. »
Derrière ce slogan une action et une volonté bien réelle de dénoncer et d’exposer des artistes peintres contemporains « snobés », dans les toilettes publiques de restaurants, cafés, etc.…Peut-être les derniers lieux qui leurs sont réservés… !
En effet, une réalité m’est apparue; le cynisme et la vanité d’une grande majorité des acteurs des institutions publiques et privées de l’Art qui donne une importance quasi religieuse et sans bornes aux « idées » plutôt qu’aux médiums classiques de l’Art (peinture, sculpture, etc.,). Ce qui conduit à offrir une visibilité à bon nombre d’ « artistes » dit conceptuels, démunis pour la plupart de savoir-faire, voire de talent, dans tous les F.R.A.C. (Fond Régional d’Art Contemporain) et autres galeries subventionnées de France. D’après Bernard Stiegler (philosophe), la prolétarisation des masses s’est opérée par la dépossession du savoir-faire des ouvriers, puis celle des autres catégories sociales professionnelles. De nos jours tout me fait  penser que nous assistons à la prolétarisation des métiers des Arts plastiques, avec le consentement d’experts… prolétarisés !

La boucle est bouclée, l’urinoir de Marcel Duchamp baptisé La Fontaine en 1917 n’était autre qu’une forme de révolte vis-à-vis des Institutions passées, et la notion (le merchandising !) de « ready made » n’est apparue que plus tard. C’est donc en hommage à l’humour du premier responsable de cette plaisanterie que j’ai choisi d’ouvrir les W.C. comme lieux d’exposition aux artistes contemporains boudés, et d’en faire notre Salon des Refusés** d’aujourd’hui.
                                                                                                                                                        Vadim Korniloff.
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*(Marcel Duchamp, La Fontaine, 1917)
** (Exposition autorisée par Napoléon III, ce Salon est l’une des illustrations de l’émergence, dans la seconde moitié du XIXe siècle, d’une modernité en peinture, en opposition avec le goût officiel.)
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AFFICHE-EXPO-WC-NATIONAL-lite
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Discours de présentation conférence « Lieux d’art », Grand Salon de la mairie de Metz, Mardi 17 septembre 2013.
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Bonsoir à tous, merci d’être venu ce soir. Je me présente, Vadim Korniloff. Je suis à l’origine de la manifestation W.C.National, qui a été rendu possible grâce à la participation des 34 artistes qui ce sont joint à cette action. Je tiens donc ici à les remercier. Je remercie aussi les restaurateurs qui se sont prêté au « jeu ». Je remercie également Monsieur le Maire, le personnel de la Mairie et les intervenants de ce soir : Benoit Goetz et Baptiste Rappin.Pour commencer, je tiens à dire que tout ce que je vais dire ici n’engage que moi, et moi seul, et non les artistes de cette manifestation et naturellement non plus les intervenants, de ce soir.Donc…Pourquoi W.C.National ? En tant qu’artiste peintre, je sais que la production d’un artiste, quel que soit son médium, est l’aboutissement d’un besoin personnel et viscéral, celui de créer, de transformer, ou comme le formule si bien Zigmunt Bauman, celui « d’améliorer le monde ». Ce « besoin » par ailleurs est difficile à expliquer, mais l’introduction du livre « Rester Vivant » de Michel Houellebecq est pour moi une bonne piste, il écrit :
« La première démarche poétique », que je qualifie pour ma part d’artistique, « consiste à remonter à l’origine. À savoir : à la souffrance » (fin de citation)
Cependant, je laisse à chacun des artistes ici présents et d’ailleurs, le soin d’expliquer leur « pourquoi ». 
Par contre au-delà de ses dispositions et propensions personnelles à la création, il existe un besoin commun à tous les artistes : les artistes ont besoin des autres. Ils ont besoin de dialoguer, d’échanger avec les autres, avec un public, avec vous.
Et pour ce faire, seul les lieux d’exposition, les « lieux d’art » peuvent offrir ce dont ils ont besoin, c’est-à-dire : de la visibilité. Il en est de même pour la littérature et le cinéma, s’ils ne sont ni lu et ni vu, ils n’existent pas !
Mais le constat que j’ai fait ces dernières années est le suivant : la grande majorité des lieux d’exposition, des « Lieux d’art » qui sont en partie (ou totalement) subventionnés par l’Etat, offre une plus grande visibilité (voire exclusive) à une partie seulement de la production artistique « actuelle », ou plutôt devrais-je dire « contemporaine ». Car en effet le label « art contemporain » ne représente pas la totalité de la production artistique d’aujourd’hui. Seule une partie des artistes bénéficie du soutien et donc de la visibilité de tous ces « Lieux d’art », ils sont par exemple dans la ville de Metz et ses environs :

Le F.R.A.C.de Lorraine (Les Fonds Régionaux d’Art Contemporain), la galerie Faux mouvement, la galerie Octave Cowbell, la galerie ToutouChic, La synagogue de Delmes et Le Centre Pompidou Metz. (Il en existe d’autres, mais je ne vous cite ici que les principaux.)

Il y a donc une production artistique actuelle qui est boudée, et c’est celle-ci qui m’intéresse ici. Elle n’est pas labélisée « art contemporain », car elle ne bénéficie pas de la visibilité, de l’approbation de ces institutions, de ces « lieux d’art ». Et cette production artistique n’est autre que celle que l’on peut qualifier d’art dit classique, c’est-à-dire celui qui fait partie du système de critères d’appréciation des Beaux-arts comme par exemple : la peinture, le dessin, la sculpture, etc.
L’art dit classique est à mon sens négligé, voir liquidé, au profit de ce que j’appelle : l’art des idées, c’est-à-dire un art qui prône le concept, l’idée originale (s’il en existe encore ?) au détriment des savoir-faire.
Par conséquent, toute une partie des artistes contemporains est totalement ringardisée, car dans notre société de l’image, de la publicité, du faire-savoir (et non plus du savoir-faire !), si vous ne bénéficiez pas de visibilité, vous n’avez alors aucune légitimité, aucun crédit.
L’origine de cette politique, qui ou quoi en est la cause, plusieurs théories existent. Mais personnellement je ne crois pas en une sorte de complot mais plutôt un abandon au profit des choix des gestionnaires de la culture ou d’experts, ainsi qu’une anesthésie générale, celui du public, de vous, de nous tous !
Le plus drôle, et vous pouvez le constater par vous-même c’est que tous ces lieux d’art, qui offrent cette visibilité à cet art contemporain, sont très largement désertés par ses contemporains, par le public, par vous, bref nous tous ! Comme l’écrit Marc Jimenez dans son livre « La querelle de l’art contemporain »: « C’est un art contemporain sans ses contemporains » ! (fin de citation)
Je pense que le désintérêt de la grande majorité du public est en partie lié à l’incompréhension générale de cet art. Ces « Lieux d’art », ces institutions ont tout simplement une politique de choix qui désintéresse son public. Je citerai ici un extrait du livre de Jean Clair, « L’hiver de la culture » : 
« La tradition hautaine de la culture de Cour aura persisté en France jusque sous les gouvernements actuels, toujours habités de la même fureur, loin des goûts particuliers du peuple, d’imposer un art le plus souvent artificiel, c’est-à-dire « universel » et sans goût. » (Fin de citation)

Suite à tout ce constat, par ailleurs totalement personnel (je l’admets !), j’ai donc mis en place la manifestation W.C.National afin d’attirer l’attention sur toute cette problématique que je soulève ici. Une exposition collective réunissant 34 artistes et moi-même dans des toilettes publiques de différents lieux à Metz et ses environs s’est déroulée du 15 mai au 20 juin dernier (dont vous pouvez découvrir le photo-reportage dans le hall de l’Hôtel de ville). Le musée de la Cour d’Or, son conservateur Mr Brunella a participé à cette manifestation et m’a laissé « investir » les W.C. publiques de « son » musée durant toute la durée de l’exposition. Bénéficiant de ce soutien (inespéré) et redoublant d’effort et d’énergie, cette action rencontra un succès public et médiatique local et régional relatif, mais non négligeable.

En fait ma déception est ailleurs. Car déception il y a ! C’est l’incompréhension quasi générale du fond de cette démarche qui me fait comprendre qu’il est vain d’essayer d’attirer l’attention sur une problématique qu’une grande partie des gens qualifie d’intellectuelle donc de (très) secondaire. La majorité de mes interlocuteurs (mais pas tous, je vous rassure !) n’y a vu et compris qu’un concept artistique rigolo de plus. Un gag ou un canular d’artiste contemporain !

Ayant pris conscience de cette incompréhension, j’ai écrit une lettre expliquant mon désenchantement sur la politique culturelle d’Etat au Ministère de la Culture et de la Communication. Deux mois plus tard j’ai reçu un courrier de son Chef-adjoint de cabinet, en voici son contenu :
« Monsieur,
Vous avez appelé l’attention de Madame la Ministre de la Culture et de la Communication, sur la manifestation « W.C.National » que vous avez organisé en faveur des artistes contemporains lorrains / … / »
Vous noterez que le caractère contestataire de la manifestation W.C.National est ici totalement ignoré. C’est « en faveur des artistes contemporains lorrains» et non contre la politique culturelle française qu’est décrite ici ma démarche. 
La suite de la lettre :
« … / Madame La ministre, sensible à toute initiative visant à mettre le public en contact avec la création, a pris connaissance avec le plus grand intérêt/ (etc.etc. … », bref, le reste de la lettre est du même acabit…
Vous noterez également qu’il en va de même dans les hautes sphères de la Culture, seul le côté transgressif de la manifestation W.C.National, sa forme et non son contenu y est compris! Je rappelle que cette « initiative », cette exposition collective ne visait donc pas, comme le sous-entend le Chef-adjoint du Cabinet de Mme la Ministre « à mettre le public en contact avec la création », non pas du tout, mais uniquement à l’informer du traitement que je qualifie d’injuste que subit une grande partie de la production artistique contemporaine en France et par conséquent d’artistes contemporains ! Je le répète : la forme, l’exposition dans les toilettes n’était là juste pour attirer l’attention.

Enfin pour conclure, je pense que pour aller plus loin, car mon rôle en tant qu’artiste est de dire ce qui me paraît « injuste ». Baptiste Rappin et Benoit Goetz sont plus compétents à mon sens pour développer et expliquer plus en profondeur le pourquoi de mon désenchantement sur ce que je perçois comme un dysfonctionnement dans notre perception, notre approche et compréhension de l’art aujourd’hui, et de leurs temples : « Les lieux d’art » ! 

Vadim Korniloff

(J’ouvre une parenthèse sur le fait que les expositions du Centre Pompidou Metz que sont « Chefs-d’œuvre », « 1917 » et « Vue d’en Haut » doivent leurs succès au fait qu’elles exposaient non pas de l’art contemporain, mais en grande partie de l’art Moderne.)

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discours Lieux d'art
(Benoît Goetz, Vadim Korniloff et Baptiste Rappin)
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PROTOCOLE DE LA MANIFESTATION W.C.NATIONAL:
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La manifestation comprend deux expositions collectives :
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-La première exposition collective se trouve dans les toilettes des restaurants, cafés ou autres (W.C. publics) de la ville de Metz (environ une trentaine), un artiste par toilette d’établissement (une à deux œuvres maximum).

La durée de l’évènement à prévoir est de 1 mois minimum (temps nécessaire pour mobiliser le maximum de supports média). Le but n’étant pas de faire les W.C. de ces établissements des lieux d’exposition ouvert à tous, seule la clientèle qui leur est propre en aura l’accès, et je m’engage à le communiquer clairement. De plus, le restaurateur n’est engagé en rien aux éventuelles dégradations des œuvres.

Le seul engagement de l’établissement est d’afficher un petit stickers (gratuit) sur sa vitrine ou porte d’entrée qui stipule qu’il soutient le manifeste « W.C. NATIONAL », et de le communiquer à sa clientèle.
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-La deuxième exposition collective est le photo-reportage de l’évènement. Chaque lieu (W.C.) avec « son » œuvre artistique sera immortalisé par les artistes. Cet évènement fera l’objet des protocoles classiques d’une exposition photo. Les restaurateurs auront un droit de regard et de réserve sur la photo qui sera exposée. De plus, je m’engage à ce que le « photographe » mette tout en œuvre pour esthétiser les lieux d’exposition afin de ne porter aucun préjudice sur les établissements concernés.
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*(Marcel Duchamp, La Fontaine, 1917)
** (Exposition autorisée par Napoléon III, ce Salon est l’une des illustrations de l’émergence, dans la seconde moitié du XIXe siècle, d’une modernité en peinture, en opposition avec le goût officiel.)
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ENGLISH translation:

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 » While we show W.C.* in Museums, the artists exhibit in the W.C. « 

Behind this slogan an action and a very real will to denounce and expose high-quality « snubbed »  contemporary painters , in the public restrooms of restaurants, cafés, etc. … Which could be their last reserved place?

Indeed, a reality appeared to me; the cynicism and the vanity of a great majority of the actors of institutions public are deprived of the Art which gives an almost religious and unlimited importance for the « ideas » rather than for the classic mediums of the Art (painting, sculpture, etc.,). What results to offer a visibility to a lot of « artists » says abstract, deprived for the most part of know-how, see of talent, in all the F.R.A.C. (Regional Fund(Collection) of Contemporary Art) and the other galleries subsidized by France. According to Bernard Stiegler (philosopher)The proletarianization of the masses took place by the dispossession of the know-how of the workers, then that of the other professional social categories. Nowadays everything makes for me think that we attend the proletarianization of the jobs(businesses) by the Plastic arts, with the consent of prolétarisés experts!

The buckle is buckled, baptized Marcel Duchamp’s public urinal The Fountain in 1917 was no other than a shape of revolt towards the past Institutions, and the notion  » ready made  » appeared only later. It is thus in homage to the humour of the first one responsible for this joke that I thus chose to open the W.C. as the places of exhibition to the avoided contemporary artists, and to make it our Lounge of the Refused ** of today.

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Vadim Korniloff.

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*(Marcel Duchamp, La Fontaine, 1917)
** (Exhibition was authorized by Napoleon III, this Lounge is one of the illustrations of the emergence, in the second half of the XIXth century, of a modernity in painting, in opposition with the official taste.)

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PROTOCOL OF THE DEMONSTRATION(APPEARANCE) W.C.NATIONAL:
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The demonstration includes two collective exhibitions..- the first collective exhibition is in the toilet of the restaurants of the city of Metz (approximately around thirty), one artist per rest room of each establishment (one-two works maximum).
The duration of the event to be planned is of 1 month minimum (necessary to mobilize the maximum of support media).The purpose is not to make the W.C. of these establishments’ places of exhibition open to all, only the clientele will have access to it, and I make a commitment to communicate it clearly. Furthermore, the restaurant owner is not responsible for any possible damages to the works. The only commitment of the establishment is to show a young sticker in its shop window or front door which stipulates that it supports the  » W.C. To communicate NATIONAL « , and of it to their clientele.- the second collective exhibition is the photo report of the event. Every place ( W.C). With « their artistic work will be immortalized by the artists. This event will be the object of classic protocols of an exhibition photo.
The restaurant owners will have a right to reserve the photo which will be exposed. Furthermore, I commit to the fact that the « photographer » makes every effort to enhance the places of exhibition and not to harm any of the concerned establishments.

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